Dans une lettre adressée aux populations camerounaises, en circulation sur les réseaux sociaux, le président national du parti camerounais pour la réconciliation nationale (PCRN), par ailleurs Coordonnateur national du mouvement onze millions de citoyens (OMC), attire l’attention du Chef de l’Etat sur l’éventuelle croissance d’une crise similaire à la crise anglophone dans une autre région et l’interpelle à l’action. Lebledparle.com, vous propose l’intégralité de la lettre de Cabral Libii.

Cabral Libii sur Vision 4 – capture photo

Populations camerounaises, je vous recommande le calme

Mes chers compatriotes,

Alors que nous peinons à éteindre les braises ardentes de la crise anglophone, ces derniers jours ont été marqués par l’exacerbation d’incidents teintés de relents intercommunautaires. Les événements graves qui se sont déroulés à Sangmélima en sont une nième preuve.

Des compatriotes ont perdu en quelques heures, le fruit de leur dur labeur, des efforts de toute une vie, faite de privations et d’abnégation. Plus grave, certains ont vu leur intégrité physique altérée.

Pour tous ceux-là, j’ai une pensée fort ému je leur adresse la solidarité et la sollicitude du mouvement OMC et du PCRN.

Des événements similaires s’étant précédemment déroulés à Obala, à Bangourain etc, on peut conclure que le Cameroun, notre cher et beau pays se trouve sur une poudrière, ou tout incident, même mineur peut entraîner des déflagrations d’une intensité inimaginable.

J’en suis personnellement très inquiet. Après Sangmélima, l’étincelle viendra d’où ? De Lyon en France ? En effet, nous avons tous constaté avec stupeur que lors du séjour du chef de l’Etat dans cette ville étrangère, des camerounais ont offert un spectacle humiliant au monde en s’étripant les uns contre les autres dans la rue sous le regard médusé de la police française. Devant cette honte mondiale, les pères fondateurs de notre grande Nation doivent sûrement se retourner dans leurs tombes.

Mais comment en sommes-nous arrivés là ? Comment en sommes-nous arrivés à ne plus nous tolérer mutuellement ? Pourquoi la violence est-elle devenue le moyen privilégié d’expression ? De Bamenda à Sangmélima, de Bangourain à Kumba, un seul constat se dégage : Le vivre ensemble et l’unité nationale sont en crise !

Les réseaux sociaux en sont une fenêtre d’observation, mais aussi une machine d’amplification. En effet, des leaders d’opinion et des entrepreneurs de la haine y ont élus domicile pour distiller à longueur de journée le poison de l’intolérance, de l’outrance inutile et de la division intercommunautaire. A coups de théories farfelues, d’hypothèses pseudoscientifiques, et surtout de leur popularité grandissante. Ils en profitent pour manipuler les esprits naïfs et fragiles afin de diviser un peu plus.

Les violences que nous constatons avec amertume sur le terrain sont souvent en partie le résultat d’une longue et minutieuse préparation mentale de ces influenceurs du mal.

Mais on ne saurait également occulter les suites d’un règne long de 37 ans. Le bilan et en parti la décadence observée, ont fini par faire croire à certains compatriotes que le repli identitaire, voire l’irrédentisme sont la solution pour le progrès et le bien-être social. Les entrepreneurs sociaux de la haine profitent donc de ce terrain fertile pour distiller leur venin mortel de la division.

Mes chers compatriotes,

Ne l’oubliez pas, nous sommes à une phase critique de notre pays. Nous avons reçu un Cameroun entier et stable. Allons-nous transmettre à nos enfants un pays en lambeaux incandescents ?

Lors du dernier GDN, nous avons fait ensemble un diagnostic très précis du problème camerounais qui se superposait au problème anglophone. Plusieurs intelligences et forces vives de ce pays ont travaillé des jours et des nuits entières à faire des propositions pour faire sortir notre pays de l’impasse.

Le rapport a été transmis à qui de droit. C’est la raison pour laquelle, j’appelle Monsieur Paul Biya, Président de la République, à se départir de sa lenteur habituelle qui nous a déjà coûté le retard dans la mise en œuvre de la décentralisation, à mettre en application sans délais toutes les résolutions du GDN.

Le GDN était peut-être l’ultime opportunité de renverser la vapeur suffocante qui se propage densément dans notre pays. L’application des résolutions du GDN est aussi la dernière chance pour Monsieur Biya de sortir par la grande porte. S’il avait des doutes, les événements de Sangmélima sont assez révélateurs.

Je redoute personnellement une crise plus grave que le problème anglophone dans une partie du pays. Monsieur le Président de la république : Le temps presse !

Mes chers compatriotes, même si le sort de notre Nation dépend en grande partie des actions à prendre par ceux qui nous dirigent, nous avons nous avons une part de responsabilité individuelle et une autre collective pour la stabilité de notre pays.

Que chacun se le dise : son compatriote qui vient d’une autre aire géographique et d’une autre communauté n’est pas son ennemi. L’autre qui est parti de ses lointaines terres pour s’installer chez vous ne vient rien vous arracher. Il vous apporte plutôt un peu de sa culture, de son savoir-faire et même de chaleur. En revanche, celui qui vous accueille près de lui mérite considération, dignité et respect. Accueillir quelqu’un qui vient de loin n’est ni un acte de faiblesse, ni de cupidité : C’est de l’amour ; Amour fraternel et patriotique.

Nous devons tous avoir conscience que pour construire ce pays, se replier sur soi ou sa communauté ne nous fera pas avancer. Nous sommes tous imparfaits, tous incomplets. Nous avons donc besoin des uns des autres. Aujourd’hui et demain, car demain c’est déjà aujourd’hui ! La crise que nous traversons nécessite la réécriture du contrat social. Un contrat qui décrit le rapport entre l’état, les citoyens et les communautés ; et le rapport entre les communautés elles-mêmes.

Mes chers compatriotes,

Évitons les conclusions faciles et les raccourcis idéologiques de ceux qui attisent la haine intercommunautaire. Haïr l’autre ou sa communauté ne vous apporte aucun bien.

Vous fermeriez ainsi et volontairement la porte aux échanges, aux opportunités et aux projets communs.

Revenons à l’amour, au partage et à la tolérance. Dans une crise ou un conflit, nous partageons parfois sans le savoir le même objectif : celui d’un Cameroun nouveau ou il fait bon vivre. Mais très souvent, les stratégies pour atteindre cet objectif diffèrent et divisent.

J’en appelle donc au calme et au retour de la raison.

Les outrances inutiles nous desservent tous.

Au-delà de tout, j’en appelle à la justice et à l’Etat de droit, le seul moyen de réguler de la vie entre les citoyens.

Je demande justice pour toutes les victimes physiques et matérielles des récents événements de Sangmélima. Que des réparations à la hauteur des préjudices subis soient faites.

J’adresse particulièrement mes condoléances les plus profondes à la famille du jeune homme qui a perdu la vie dans des conditions inhumaines.

Les biens matériels sont remplaçables, mais un être humain ne l’est pas. Que Dieu fortifie cette famille.

J’invite les représentants de la justice à faire leur travail dans les meilleurs délais, afin que la famille de la victime connaisse au moins la vérité sur ce qui est arrivé à leur enfant, et que les coupables soient sanctionnées conformément aux lois de la République.

L’instauration d’un Etat de droit, dans lequel les droits des citoyens sont respectés se pose comme un impératif au regard de toutes ces crises.

J’ai évidemment conscience que tout ceci sera effectivement et pleinement mis en œuvre quand nous accèderons au pouvoir. Mais déjà préservons l’unité et l’intégrité de notre pays.

La délivrance est proche. Cette délivrance commencera avec les prochaines échéances électorales de 2020. C’est le moment pour chaque citoyen de transformer toutes ses frustrations en vote utile. Que des leaders, surtout jeunes, qui ont marre de la situation que traverse notre pays prennent d’assaut les sièges de l’Assemblée Nationale et des collectivités Territoriales Décentralisées. Le changement commence par la séparation des pouvoirs et un Parlement qui joue son rôle pour contraindre l’Exécutif à mener des actions conformes aux aspirations du peuple.

Le changement provient aussi des élus municipaux. Grâce à un leadership efficace, ils peuvent transformer la vie de leurs concitoyens.

Nous devons ensemble travailler pour avoir un meilleur pays, c’est- à-dire un Cameroun qui protège et qui libère les énergies !

Vive le Cameroun !

Que Dieu vous bénisse !

Cabral Libii

Président du PCRN

source:https://www.lebledparle.com/actu/politique/1109721-emeutes-de-sangmelima-cabral-libii-interpelle-paul-biya

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